• RETENTION DE SURETE


    « Sarko cherche à faire justice lui -même »

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    Furieux de la décision du Conseil Constitutionnel sur les « criminels dangereux », il menace de modifier la Constitution pour que la loi soit rétroactive. Une provoc' de plus.

    « Je respecte le Conseil constitutionnel bien qu'il soit dirigé par un opposant résolu et pas très fin...Mais ce n'est pas Debré qui a été élu. Ce n'est pas lui qui reçoit les familles des victimes, c'est moi ».
    Le 26 Février au matin, Sarko a ainsi prévenu ses collaborateurs à quelques des municipales, sûr d'un soutien populaire, il veut à toute force que « les dangereux criminels » puissent être embastillés à vie. Et même au prix d'une loi « rétroactive ». Emporté par la colère et poussant encore plus loin ce coup de bluff, Sarko menace même de changer la Constitution.
    Il y a fait allusion,  le 25, lors d'un déjeuner avec des candidats aux municipales, parmi lesquels Luc Chatel et Nadine Morano. Tant qu'à faire, il pourrait aussi modifier la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et reconvoquer la Constituante de 1789 !

    Pour lancer cette bombe, Sarko s'appuie sur l'un de ses principaux conseillers. Jusque - là très discret, contrairement aux Guéant, Guaino et Mignon, Patrick Ouart est pourtant un dangereux récidiviste. Magistrat et ex-dirigeant de Suez, il sévissait déjà à Matignon sous le règne d'Edouard Balladur (93-95). C'est lui qui, en plein mois d'août 1993, avait conseillé à Ballamou d'engager une révision de la constitution sur le droit d'asile. Le Conseil constitutionnel venait de retoquer - très modérément - la loi Pasqua sur le sujet.
    P.Ouart avait alors proposé au chef du gouvernement de contourner les « sages ». Cette fois, il suggère une manœuvre similaire à Sarkozy pour imposer la rétention de sûreté. Lequel s'est empressé de l'accepter : « Je ne veux pas qu'on puisse me dire un jour : Vous aviez promis que vous feriez voter une loi sur la rétention de sûreté, pourquoi ne s'est elle pas appliquée ? »E, en plus s'il s'agit d'énerver Debré...

    Du mou Chez Debré...

    La veille de la réunion des Sages, Rachida Dati y avait mis du sien. Jusqu'à faire passer au « Parisien » la liste « secrète des 32 criminels dangereux » susceptibles d'être libérés. Une pratique peu ragoûtante, niée, contre toute évidence, par le porte parole de la Chancellerie lors de son point de presse hebdomadaire : « Nous avons trop de respect pour le Conseil Constitutionnel pour tenter de l'influencer ». Mon œil..
    L'Elysée, en tout cas, s'en est chargé. Sarko n'a guère apprécié les critiques de Debré sur son « style ». Et le lui a fait savoir, de même qu'une majorité de Sages qui ont rappelé leur président à son « obligation de réserve ». Affaibli, soucieux de préserver son autorité au Palais Royal pour 8 ans encore, Debré en a donc rabattu. « Il ne voulait pas d'un affrontement politique avec Sarko, explique, après coup, l'un de ses proches au Conseil. Debré avait senti le piège : il apparaissait comme le méchant qui s'abrite derrière la froideur du droit. Et Sarko comme le gentil, protecteur des victimes contre les barbares. » Pas question, donc de retoquer intégralement le texte. Restait à l'aménager...

    (...)

    Au moment du déjeuner, Chirac file à l'anglaise : le retraité qui émarge à 15 000 euros par mois, aurait des « obligations ».Quoi qu'il en soit, il ne signera pas le delibéré final. L'après-midi, les huit autres membres restants valident l'enfermement à vie pour les « criminels dangereux ». En sortant de son bureau du Palais Royal, Debré soupire : « Comme ça, tout le monde est content ». Pas pour longtemps .
    Le soir même, Rachida Dati sourit aux caméras. Profitant des maladroites contorsions des Sages, elle tente de faire croire que l'essentiel de sa loi est validé.
    Elle y parvient : télés et radios tombent dans le panneau.

    La vox populi 

    Le lendemain matin, changement de ton. Sarkozy inaugure « l'Historial » consacré à de Gaulle. Il y croise Chirac et Debré. Tous deux le saluent à peine. L'après-midi même, réunion à l'Elysée. La consigne présidentielle est claire : contourner le Conseil constitutionnel. Et apparaître ainsi du côté des victimes. Après tout la recette a fait merveille. En 2002, Chirac a été réélu en menant campagne sur la sécurité. Et depuis, pour Sarko, c'est un vrai fond de commerce...
    Autour de la table élyséenne, R.Dati, C.Guéant, le désormais P.Ouart et plusieurs conseillers.
    Juste à temps pour les jités de 20heures, l'Elysée annonce son intention de saisir le 1er président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda. Debré apprend la nouvelle alors qu'il dîne chez des amis : « il est cinglé »lâche t il en parlant de Sarko.
    Tout le weekend, ça barde de cass'. C'est un test pour Lamanda, préviennent les magistrats : « s'il accepte, il se décrédibilise à tout jamais à nos yeux. » « il doit refuser », lance Badinter. Avec la franchise de l'âne qui recule, Lamanda a dit « oui » tout en disant « non » : « il a accepté le principe d'une réflexion (...), mais il est bien évident qu'il n'est pas question de remettre en cause la décision, du Conseil constitutionnel », fait il savoir par ses services, le 25 février.

    Selon le haut magistrat, sa « réflexion » prendra trois mois et il s'entourera d'experts. Et Sarko, lui, peut apparaître comme le défenseur de la veuve de l'orphelin. Toujours ça de pris, à quinze jours des municipales... »

    (Canard Enchainé - 27 Février 2008)

    A lire : http://www.contrelaretentiondesurete.fr/data/2008-02-23_Robert_Badinter_Le_Monde.pdf

    CONTRE LA RETENTION DE SURETE : http://www.contrelaretentiondesurete.fr/

    Son : "Mort de Peine" par Kabal
    http://www.d2kabal.com/

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