• _"Y a du Baston dans la Taule". Des Mutins anonymes et une mutine_


    "Y a du Baston dans la Taule". Des Mutins anonymes et une mutine.

    En plein dans le monde carcéral, on est totalement emporté par ces histoires engagées.

    Pris dans ce tourbillon explosif, ces histoires révèlent la révolte dans les prisons, le chemin vers la liberté.
    En lisant ces lignes, l'adrénaline naît, nous vivons (ou soutenons) ces actions..


    Centrale Saint-Maur et Fleury-Mérogis
    Fleury, brûle t il ?
    Emeute de Fleury - Mérogis le 14 juillet 1987

    "
    Chaque matin, j'affronte cette fenêtre ouverte sur un paysage de barbelés et de barreaux tellement épais qu'ils me mangent la lumière du jour. Et ces murs, ces putains de murs dévorant l'espace jusqu'à l'étouffement, jusqu'aux limites du discible. Cette porte borgne qui rigole quand elle te lorgne. Aveugle de l'intérieur, voyeuse impudique du côté couloir. Un terreau fertile pour toutes les paranos qui virent aussitôt à l'obsession. Le remède : un bon direct dans le mu, pleine puissance, jusqu'à ce que les phalanges saignent sous les coups. Que ça sorte, que ça pète ! Avoir mal quoi, se donner l'impression d'exister. Evacuer le trop-plein de non-dits dans une sorte de jouissance masochiste, histoire de trahir cette aptitude de façade à la soumission. Tellement marre de cette langueur silencieuse entretenue par des règles absurdes, de ces interdits d'opérette qui nous réduisent à une expression de l'être.

    (...)

    Le feu redouble d'intensité et commence à dévorer la couronne des ateliers. Juste ce qu'il faut pour danser la Carmagnole. Oubliés les coups sournois, les humiliations distillées jusqu'à l'insupportable. Que sonne le réveil des gueux dans les flammes de l'enfer. Loin de la logique des métreurs de bonne conscience, des moralistes et autres prostitués du droit et de la raison. Je garde mon bâton de dynamite derrière l'oreille, bien au chaud. Tout en haut, c'est encore plus beau qu'un coucher de soleil sur le Quartier latin, un soir de Mai 68. Fleury vomit des caillots de napalm en fusion comme pour annoncer son agonie.
    Les pompiers font une entrée plutôt piteuse par la porte de service et progressent prudemment vers les flammes, assurés sur leur flanc par les gendarmes en tenue de combat. Ils avancent au milieu de tous ces morceaux de prison, entre verre cassé, portes éventrées, carcasses informes, grilles d'acier tordues par une poigne colérique."

    "
    Le ROLE DE LA PRISON est de remodeler les individus afin de les faire rentrer dans des moules préfabriqués, pour créer des quidams passifs acceptant l'état des choses sans idée de les modifier.
    Pour les femmes, en 1984, et probablement encore aujourd'hui à des nuances près, elle visait à façonner des femmes fidèles à l'image traditionnelle : des fées du logis, bonnes épouses et mères de famille. Fleury est alors un étrange pensionnat de jeunes filles, avec des règlements rigides souvent incompréhensibles et des exigences extrêmes. Une tentative de complète infantilisation. On n'y trouve pas la brutalité des prisons des hommes, les tabassages y sont rares, la violence y prend des formes plus insidieuses. Le travail de la Pénitentiaire est de culpabiliser les femmes, de leur accepter le châtiment qui mène à la rédemptionDedans ou dehors, si la résistance à l'exploitation unit les êtres, refuser le sexisme et la place prévue par d'autres pour elles dans la société trace une sorte de trait d'union entre les femmes.

    (...)

    La colère gronde chez les primaires ! Trois d'entres elles ont été isolées. La rumeur dit qu'elles « contagieuses ». Ici, ça peut vouloir dire qu'elles ont des poux, la gale ou pire. Toutes demandent de quelle maladie sont atteintes les isolées et refusent de réintégrer les cellules après la promenade si elles n'obtiennent pas de réponse. Les filles des autres groupes manifestent  leur solidarité en frappant en cadence sur les portes, en jetant des papiers enflammés par l'espace réduit des ouvertures des fenêtres. Des youyous provocateurs et joyeux, des hurlements d'encouragement accompagnent tout ça.  Les CRS prennent position autour de la MAF, puis y entrent : jets de gaz lacrymogène, tabassages. Deux ténues sont évacuées vers l'hôpital de Fresnes, d'autres sont traînées au mitard."


    Infos sur les prisons :  http://www.prison.eu.org/


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